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Le coin du philosophe - Natures mortes

Article du 09-11-2009

 

Dans l’antiquité classique, les hommes utilisent des tables pour poser leur nourriture, jusqu’au jour où le grec Zeuxis dispose les aliments sur un mur…

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Les riches Romains renouvelaient sur les tables à la disposition des hôtes de passage, fruits, vins ou autres victuailles. Un jour, le grec Zeuxis, peut-être le premier à avoir eu cette idée, arrange dans un certain ordre des aliments sur un mur : des grappes de raisin magnifiquement peintes. Le délice pour la bouche s’y métamorphose en délice pour les yeux.

 

Le terme de « nature morte » apparaît en peinture au XVIIe siècle, mais la nature morte est réellement née vers 484 avant notre ère, quand la table chargée de fruits devient tableau.

 

Les auteurs anciens racontent que Zeuxis peint des raisins si réalistes que des oiseaux vinrent les picorer, mais les hommes ne s’y trompèrent pas. Verticalisée d’un coup de pinceau, immatérialisée, désormais immangeable, la nourriture offerte aux regards invite à la méditation.

 

« Nature morte » est une expression ambiguë : c’est la nature inanimée, sans mouvement, mais aussi la nature destinée à la décomposition. Elle engage à jouir des plaisirs de la vie et de la table.

 

Au XVIIe siècle, la nature morte est le symbole de la précarité de toute chose. En effet, à cette époque, la Hollande et la Flandre s’embourgeoisent dans une abondance matérielle, contraire aux principes du calvinisme naissant, si bien que les peintres vont mêler aux fruits appétissants et aux viandes des symboles de la fuite du temps, et de la vanité des biens terrestres : sablier, verre renversé, bougie éteinte, crâne humain…

 

Ce tableau de Jan Davidsz de Heem (ci-dessus), en constitue un exemple élégant.
Il reflète l’impossible quête de l’art : vouloir éterniser ce qui est destiné à disparaître.
À première vue, nous admirons un bel agencement de fruits et de fleurs en guirlande. Mais regardons mieux ! Le détail nous révèle l’avertissement du tableau : escargot, mouche, scarabée vont dégrader très vite ces merveilles, et la grenade ouverte est prête à pourrir.

 

Les Egyptiens avaient coutume, au cours de leurs banquets, d’apporter un squelette humain au milieu des mets pour rappeler à chacun la condition humaine : mangeons, buvons heureux. Mais lucides. Car vanité des vanités, tout n’est que vanité.

 

 

  • Cécile Guignard Vanuxem

Copyright photo : Jan Davidsz de Heem, Rijksmuseum, Amsterdam

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