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Dis-moi comment tu manges…Article du 22-12-2009
Manger est un des actes les plus simples de la vie. C’est le premier des gestes d’un nourrisson. Nous oublions parfois cette évidence. |
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Médecins nutritionnistes et diététiciens s’accordent sur ce point : notre comportement alimentaire se déstructure, et ceci depuis plus d’une vingtaine d’années. Les repas se simplifient, sont irréguliers, souvent composés de produits issus de transformations industrielles.
Le plateau-télé se banalise comme le grignotage et, à l’opposé, la santé devient une préoccupation croissante dans l’alimentation, avec la prolifération de ce que l’on nomme les alicaments. Un état des lieux pas franchement idyllique, proche du modèle américain, et très éloigné de notre culture alimentaire hédoniste « so frenchy ».
Peut être souffrons-nous d’un flot d’informations incessant, d’une surabondance de produits toujours à la pointe de la nouveauté. Une réflexion personnelle sur son alimentation devient nécessaire. Encore faut-il en avoir le temps et le désir !
Depuis peu, avec ou sans crise économique, une attitude plus réfléchie au regard de son assiette émerge.
Selon le Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de Vie (CREDOC), les décalages sont évidents entre ce que les consommateurs font, et ce qu’ils prétendent vouloir faire.
En 2006, le ministère de l’Agriculture et de la Pêche a confié au CREDOC la réalisation d’un baromètre des perceptions alimentaires, afin de cerner les attentes des consommateurs. Les résultats révèlent que pour un Français sur cinq, se nourrir est d’abord une nécessité. La recherche du plaisir arrive en deuxième position, presque rattrapée par une préoccupation : l’incidence de l’alimentation sur la santé.
Un comportement alimentaire azimuté
Chacun a conscience de l’impact de l’alimentation sur la santé. Et pourtant, la tendance générale est à l’augmentation de la consommation de graisses. Davantage de lipides et d’aliments d’origine animale.
« On note, depuis ces cinquante dernières années, une augmentation de la quantité de fromages et de sucre consommés » confie le Docteur Marie Lamotte, praticien hospitalier de l’AP-HM*. Notre imaginaire, lui aussi, nous joue des tours. Par exemple, chez la femme, le parallèle réussite/beauté s’associe avec minceur, voire maigreur.
Consommer des produits tout prêts, manger seul, rapidement et sans plaisir contribuent plus encore à déstructurer les repas et consommer des produits saturés en graisses. Conséquence : on note une augmentation de l’obésité, du diabète, de l’hypertension artérielle, avec les risques de maladies cardio-vasculaires qui en découlent.
L’obésité et le diabète atteignent des proportions épidémiques. La proportion d’obèses est passée de 8,2 à 12,4% de 1997 à 2006, ce qui correspond à une prise de poids de 2,1kg. On observe dans les pays occidentaux une augmentation de la pression artérielle, du cholestérol et du poids (+10 à 15kg en moyenne entre 20 et 60 ans), en rapport avec un « dérèglement » favorisé par notre mode de vie.
La positive attitude
Les acteurs institutionnels et éducatifs misent actuellement sur l’éducation nutritionnelle. Le Programme National Nutrition Santé (PNNS) est la référence en matière d’information sur la nutrition. Le PNNS a pour objectif général l’amélioration de l’état de santé de l’ensemble de la population, en agissant sur l’un de ses déterminants majeurs : la nutrition.
Le fameux message publicitaire : manger 5 fruits et 5 légumes par jour en est issu. Oui, mais à chaque repas ? Quelles portions ? Et après ? Le message n’est pas assez clair, et trop réducteur. Résultat, pour Florence Rossi, cadre supérieur de Santé Diététicien, direction des soins de l’AP-HM*, les personnes ont la sensation d’avoir rempli leur contrat en mangeant 5 fruits et 5 légumes, et continuent leurs excès en se sentant protégées.
« Avec des messages publicitaires aussi réducteurs, on finit par créer des comportements alimentaires déviants chez des gens qui n’en n’ont pas ». Un comble ! Idem pour l’eau. Boire suffisamment d’eau c’est bien, mais trop peut causer une grave maladie, la potomanie psychogène (trouble psychologique se traduisant par la nécessité de boire des quantités importantes de liquide).
Le retour à une alimentation saine ne doit pas se faire sous l’influence de la publicité et du marketing, même bien intentionnés, mais s’accompagne de conseils car chaque corps est différent, et il a ses propres besoins. C’est le rôle du diététicien et du médecin nutritionniste.
Le Mouvement International Slow Food (S.F.) fondé à Paris en 1989, contribue à sa façon à cette positive attitude en s'opposant aux effets dégradants de la culture fast-food qui standardise les goûts. En mettant en avant la production locale, S.F. réalise des programmes d'éducation du goût pour les adultes et les enfants, travaillant ainsi pour la sauvegarde et la promotion d'une conscience publique des traditions culinaires.
Fini le manger chimique, retournons à l’essentiel, à l’acte vital. Manger à satiété, partager, transmettre… s’alimenter est un acte d’amour.
l’AP-HM* : Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille
Pour en savoir plus :
Les Neuf groupes de consommateurs
- Les adeptes de nutrition (21 %). Ils recherchent une alimentation saine et équilibrée à base de produits frais, sans pour autant négliger le plaisir des papilles.
- Les seniors traditionnels (17 %). La priorité est donnée aux produits non transformés comme le pain, la soupe, les fruits et les légumes. Peu préoccupés par
les risques liés à l’alimentation, les seniors traditionnels font appel, en cas de doute,
à leur médecin.
- Les familiaux classiques (11 %). Il s’agit plus souvent de jeunes adultes de situation modeste, avec enfants. Pour eux, bien manger est associé au plaisir. Indifférents face aux risques alimentaires, ils ne cherchent pas à s’informer.
- Les inquiets pressés (11 %). Ces individus vivent en milieu Urbain. Leur mode de vie engendre des repas pris sur le pouce. Leur inquiétude face à l’alimentation reste focalisée sur la viande. Variant peu leur nourriture, ils consomment peu de fruits et de légumes frais.
- Les décontractés (10 %). Cette catégorie regroupe davantage de couples avec enfants, d’individus aisés et vivant en milieu urbain. Alors qu’ils prônent l’équilibre et la variété, les décontractés agissent à l’inverse : ils privilégient les produits transformés comme les sandwichs, pizzas et quiches, viennoiseries, entremets et boissons sucrées.
- Les bons vivants (9 %). Leurs repas sont structurés et conviviaux : manger est un plaisir. Sereins vis-à-vis de la sécurité alimentaire, ils ne sont pas préoccupés par le lien entre alimentation et santé.
- Les solitaires désimpliqués (9 %). Les femmes seules à la retraite sont sur-représentées dans cette classe de consommateurs. La simplification extrême des repas induit des apports nutritionnels faibles. Ce manque de motivation doit être pris au sérieux pour épargner à cette population un risque de mauvaise couverture des besoins nutritionnels.
- Les innovants (7 %). Traqueurs de nouveauté, ces consommateurs sont conscients des risques alimentaires mais, encore jeunes, ils se laissent porter par l’envie de la surprise.
- Les obsédés de la balance (5 %). Non exempts de contradictions. Ils sont adeptes des produits allégés, et craquent plus souvent que la moyenne pour des pâtisseries.
- Laurence Rouvier
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